« Donner, recevoir, partager, ces vertus fondamentales du sportif

sont de toutes les modes, de  toutes les époques.

Elles sont le sport. »

Aimé Jacquet

Plusieurs entreprises prennent le sport comme modèle de management. Certaines promeuvent la compétition, la glorification de la victoire, l’écrasement des autres, le dépassement de soi à travers la souffrance et le culte de la performance extrême. Ces dogmes mènent à l’individualisme, à l’arrogance, à l’irrespect, bref à l’inhumain. Ce système produit des sociétés axées sur le profit à court-terme et provoque les dérives de la jungle économique, menant à la crise financière ou à des scandales multiformes. En sport, cet esprit égoïste conduit au doping, à la violence, à la tricherie et au sport-fric.

Une entreprise-citoyenne, responsable socialement, doit utiliser le sport bien différemment. Il permet de valoriser l’esprit d’équipe, la solidarité et l’importance de participer à un succès collectif.

L’entreprise peut utiliser les activités sportives pour améliorer la santé physique et morale de ses collaboratrices et collaborateurs, en créant notamment des salles de sport ou en organisant des manifestations sportives. PSA Peugeot Citroën a construit, dans son immeuble Colisée à Saint-Ouen, une salle de sport, un squash et une piscine sur 700 m2. Dans le quartier de la Défense, à Paris, Oracle s’est offert un espace sportif de grande ampleur. Rothschild, Marionnaud, Carrefour, SFR, Procter & Gamble ou Orange possèdent eux aussi de belles salles de sport destinées à leur personnel.

Le sport peut s’avérer un outil intéressant de cohésion, plusieurs entreprises ayant créé des groupements sportifs ou organisant des joutes autant sportives que festives. Le World Corporate Games, les jeux olympiques des entreprises, démontre bien cette dynamique conviviale et constructive.

Il n’est pas rare de voir des équipes, dont des directions générales, accomplir une performance sportive en groupe. Ballade en montagne ou régate en bateau, initiation au tir à l’arc ou parcours  en rafting, journée de ski ou descente en luge, les idées d’actions ne manquent pas. Attention, tout de même à maintenir un haut niveau de sécurité et une recherche accrue de satisfaction, certaines entreprises jouant avec la santé de leurs employé-e-s obnubilées par la performance.

Le sport sert bien évidemment comme support de marques. Coca-Cola utilise positivement le sport : « Nous sommes convaincus qu’une entreprise comme la nôtre a la capacité de mobiliser et de rassembler les différents publics autour de valeurs extrêmement positives liées au sport et de messages porteurs de sens. » Marionnaud, spécialiste de la parfumerie et des produits de beauté, a soutenu des courses de chevaux pour valoriser les « réglages ultimes pour course sublime. »

marrionaud

Le sport inspire aussi les managers. Là encore, cette utilisation peut être constructive comme nuisible, finalement comme n’importe quel outil. Un marteau peut être utilisé pour construire une paroi en bois d’une maison. Il peut en outre servir à taper sur la tête de son voisin. L’outil n’est jamais nuisible. C’est son utilisation qui peut s’avérer perverse. Il faut donc s’inspirer des coachs transcendants les équipes et les individus, et non des autocrates ne cherchant qu’à abattre l’adversaire, voire l’arbitre.

Plusieurs entreprises font appel à des sportifs célèbres pour former leurs cadres. Daniel Herrero, que j’ai invité lors d’un séminaire, l’entraîneur de rugby, démontre à merveille les effets positifs de la motivation sur un groupe. Un collectif soudé peut être bien plus performant qu’une équipe formée de stars égocentriques. Le parcours catastrophique de l’équipe de France de foot lors de la Coupe du monde 2010 en est un exemple éloquent. Avec son humour caustique et son accent sentant la Provence, Herrero est un défenseur crédible de l’esprit d’équipe. Yannick Noah agit dans le même registre. Le tennisman est un brillant ambassadeur de l’enthousiasme et de l’esprit positif. Grâce à ses talents de motivateur, il a emmené l’équipe de France de tennis au sommet de la Coupe Davis.

Noah

© AFP

La navigatrice Ellen Mac Arthur intervient souvent sur la thématique « solitaire mais pas seule », cherchant l’alliance entre l’engagement individuel et la coopération d’équipe. Bertrand Piccard, l’aventurier ayant réalisé le tour du monde en ballon, démontre la force de l’équipe de potes et valorise l’examen des erreurs pour trouver le chemin de la réussite. A titre d’anecdote, le patron de Virgin, Richard Branson, voulant lui aussi parcourir la planète en ballon, avait tenté de piquer l’un des membres phares de l’équipe de Piccard en lui offrant mensuellement son salaire annuel. La cohésion de l’équipe avait été plus forte que l’appât du gain. Il était resté !

Thierry Lardinoit, professeur de marketing, titulaire de la chaire européenne de marketing sportif soulignait : « Le sport peut indéniablement créer des liens forts dans l'entreprise. » Pour cet intellectuel, le sport est une école du droit à l’erreur : « Surtout, les sportifs de haut niveau savent dépasser l'échec, ils l'étudient pour progresser. Dans l'entreprise, il n'est pas très fréquent que l'on parle des échecs. Et que l'on tire toutes les conclusions. »

« La solidarité, si importante dans le sport, est absente de la vie de l'entreprise » poursuit Gilles Amado, professeur de management et en matière de ressources humaines à HEC. Même si son jugement est caricatural et excessif, il est certain que les activités sportives peuvent contribuer à renforcer la connivence entre le personnel.

Pour la RATP (Régie Autonome des Transports Parisiens) « le sport favorise la mixité et promeut le respect de l’autre. »  Dans un contexte de plus en plus concurrentiel, cette entreprise s’inspire du sport pour changer sa culture entrepreneuriale : « Dynamique collective, solidarité et respect sont non seulement des valeurs fortes du sport en général mais également des enjeux quotidiens défendus sur le terrain par les agents de la RATP. »

Il n’est pas étonnant de constater les similitudes entre le sport et l’entreprise. Les groupes humains ont tendance à agir et interagir de manière similaire qu’il s’active dans le sport, en politique, dans le monde économique ou la vie associative. « On peut aussi noter que les grands sports ont été codifiés dans les ­universités à l'époque victorienne en Angleterre, en complément de la formation pour les milieux d'affaires », explique François Leccia, Directeur de l'Institut sport et management à Grenoble.

Pour Pierre de Courbertin, l’important était de participer. Pour moi, la solidarité d’équipe et la notion de plaisir sont bien plus importantes, du moins pour les entreprises conciliant respect et efficience.